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Aujourd'hui c'est Michel de la Roche-Mottet qui s'est pointé, il ne comprenait pas pourquoi il avait pas reçu le colis qui devait recevoir. Je lui ai dit, qu'il fallait être patient, avec les soucis de transport en ce moment, le manque d'effectif et tout le tralala. Il m'a remercié, tout de même, et est parti en marmonnant quelques insultes contre le Service Public. A midi, j'ai laissé Bertrand pour aller dejeuner avec Jean à la brasserie Farfalle. Jean est styliste chez H&M, la mode pour tous, c'est globalement lui. La bouteille de wattviller, entre nous, et à me raconter le stagiaire rencontré. Un jeunot qui ne sait pas encore qu'il est de la manchette. C'est ce qu'il m'a dit. Sa capacité, à reconnaitre qui est gay et qui ne l'est pas, c'est pas rien, pas rien du tout, même. On se donnera rendez-vous Samedi, à 14heures, place d'Italie, du lourd, qu'il m'a promis. Bertrand, est toujouts assis, de la même manière, à croire qu'il n'a pas fait un geste depuis deux heures, figé, raide comme un Ken. Mais, faudrait que je racontes, comment? Comment, je suis passé de correcteur à receptionnaire de La Poste. Si, si ça vous intéresse.Je fus donc, dix années durant, correcteur aux éditions Fleurus, section cuisine. Vous voyez le genre, quoi. J'ai adoré cela, au final, aussi, un certain temps, pas trop spirituel, pas trop contraignant. Toujours les mêmes fautes, toujours la même syntaxe, Eplucher les oeufs, et faire bouillir les carottes, ou l'inverse. Je ne sais plus. Mais c'est un vrai boulot, tout de même, ne vous moquez pas. Et puis, bien payé et tout en plus. A l'époque, on était en pleine croissance, tout le monde voulait être Boccuse, ou Loiseau, même les étudiants en philo, c'est dire. Et le drame arriva, soudain, la cuisine ne se faisait plus, elle s'achetait, en surgelé, dans des poches de 2kilos.Je peux l'affirmer, de suite, Marie m'a tuer. Ou m'a sauver, c'est un peu la même chose au final. Toujours est il que je me suis retrouvé licencié économique. Hop, mon ptit carton, sous le bras, des petites indémnités tout de même. J'envisageais à l'epoque, deux solutions, soit faire streap teaseur dans un bar gay, soit me chercher un boulot, aussi minable soit il. Etant donné, mon physique non-avantageux, j'ai opté pour la deuxième solution. Et me voilà, cet après-midi, avec Bertrand. Une vie passionnante. Et enrichissante, aussi. D'ailleurs, Bernard Menez est revenu. Pour renvoyer le colis, qu'il avait reçu, " Il y a du avoir une erreur, euh....parce que le colis là...enfin ce qu'il y a dedans...enfin, je n'ai jamais commandé, cela, moi" Et il sort, de tout cela, une tenue en cuir, avec des menottes, et tout le tintouin. On a ri, au moins, pendant 1 minute, du coup, Bertrand aussi. Il est drôle, en fait, Menez, et tout. Que je me reveilles, un peu, de tout cela, de tout ce bwodel, dans mon ptit appartement, un Dimanche matin. Il ne m'avait pas menti, le con de Jean, c'est le moins qu'on puisse dire, en réalité. A gueuler pour la culture street, des cracheurs de feu, des jongleurs, des skaaaaaaateurs wesh wesh, des graffeurs sur corps, des pizzaïolo qui se sont planté de manif', et le bazaar énoooOOorme des militants de la tecktonic. Tout cela, il y en avait du mouvement, et du génie. Pas trop loin de la révolution, en tout cas. On s'est retrouvé, d'un coup, un seul... au petit soir, droit, devant un mur, immense, et effrayant. Des hommes cagoulés et tout et tout. Avec des matraques. Et des boucliers anti-missile ou presque. Ils voulaient qu'on s'en aille, qu'on se disperse. Première sommation. On a gueulé et chanté encore plus fort. Les cracheurs de feu, devant, les danseurs fous ont arrêté leurs sonos, ont arrêté de danser, et ont surtout degarpis comme pas deux, les djeun's. Nous, nous étions, au sommum, au nirvana du manifestant, l'eden de la CGT spectacle, Et si il faut se sacrifier, on le fera. Avec le recul, d'aujourd'hui, nous étions tout simplement un peu saoul.Deuxième sommation. On a commencé à gueuler, bien plus fort, en pleine frénésie, les gens huaient, les passants ne faisaient pas long feu, la trouille qu'ils ont eu, la petite vieille avec son caniche jouflu et peint en vert, s'est evanouie. A charger. Et ils se sont rapprochés, les cracheurs s'en donnaient à coeur joie, de la lumière, des contrastes superbes, et le reflet de tout cela, sur leurs boucliers. En pleine admiration, quelques secondes. Puis, plus grand, chose, des gens à crier, moi, avachi sur le sol, des jambes à me pietiner, des coups sur mon pov' ptit dos. Putain, qu'est ce qu'on se sent seul dans ces moments. Comme un con. Les CRS se taisaient mais avancaient, nous nous guelions encore, mais nous ne faisions plus que du surplace, ou pour les plus debouts, de la marche arrière. Ils n'ont pas hesité, du tout.
Les cracheurs ont arrêté de cracher, et les jongleurs de jongler. J'ai retrouvé un pizzaiolo, un peu k-o, au sol, pas loin de moi, il me regardait, avec ce ptit air..."Mais qu'est ce que je fous là??". Bien amoché, lui aussi. Pas pour essai, du tout. Les deux autres apôtres, là, ils étaient encore debout, je les apercevais, de temps à temps, à essayer de resister, de lutter, de se frictionner, un peu avec les schtroumphfs.Au final, ça s'est calmé enfin, un peu, mais bon sang, pas loin de la révolution, je vous dis, moi. Jean et Simon, se sont foutus de moi, que j'étais pas trop resistant, tout de même. Et on a retraversé Paris, underground, les gens à me devisager, enfin surtout ma chemise, pleine de sang, et toute cra-cra. Je souffrais, pas trop, fallait pas non plus en faire un drame, surtout, quand le médecin, là, a voulu venir, m'aider. J'ai pas supporté, je l'ai trouvé, con. totalement. Il faut toujours qu'il y ai un médecin, quelque part, pour vouloir sauver son prochain. M'enerve. La devotion, absolu. J'ai jamais su, si c'etait vraiment altruiste, ou juste pour se faire admirer, pour faire un truc bien, et tout et tout. C'est ça, qui m'enervait.Bref, me voici, un café immense, une douche gigantesque, Marie m'a laissé un message sur mon répondeur. Je ne connais pas de Marie. Elle me dit que la soirée au Queen était sensas', qu'elle n'a pas encore dormi, tellement c'etait bien. Bisoux mon pot de fleur. J'ai rien compris, un faux numéro...enfin, elle a du entendre mon nom, tout de même. sur l'annonce. Ou alors, elle est conne, cette Marie, va savoir, je ne comprenais plus grand chose en fait. Et cette voix, si familière. Bah, tout de même. J'ai réussi à emmerger, un peu. Et me suis rendormi, d'un coup. Sur mon canapé. Je n'irai pas à la messe, aujourd'hui, excusez moi, Monsieur le bon D. Lundi matin, j'aime bien, je suis seul, Bertrand ne travaille pas. Comme ça, j'ai le temps de me prélasser un peu, sans pour autant me sentir coupable. Toujours est il, que j'avais toujours ce colis-là, pour de la Roche Mottet, qui allait sûrement repasser, ce con. Alors, je me suis decarcassé pour remettre le tout dans un carton, bien comme il faut, avec son adresse et tout et tout. J'ai bien fait, il est arrivé, à 10h32, l'air sévère, le regar furax, enfin la totale, il m'a enguelé pendant 3 minutes, sans que je puisse placer un mot. C'est toujours comme cela, les bourgeois, ils se sentent obliger de ne pas vous laisser parler, pour l'air supérieur, surtout quand on commande des tenues en cuir, et menottes. J'ai souri, un peu tout de même, enfin, pas longtemps, ça me tiraillait un peu sur le visage. Il le savait pas lui, Bernard Menez. Je lui ai fait signé, le reçu, il a pris son colis, et hop, disparu, ni merci, ni au revoir, c'est comme cela, les bourgeois, ils se sentent obliger de vous mépriser. Ca doit pas toujours être facile, vous me direz. Pas une sinécure, loin de là même.
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